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De l'abrutissement général par la télévision

Les grands esprits discutent des idées, les esprits moyens discutent des événements et les petits esprits discutent des gens. -- Citations de Hyman G. Rickover

Je ne regarde pas la TV, du moins je ne la regarde plus depuis que je me suis installé en appartement pour mes études. Je n'ai jamais ressentit le besoin d'acheter un poste de télévision afin de recevoir les chaines nationales (voir les bouquets Canal+ ou autres). Internet me suffit. Pourquoi ? Car l'accès à l'information y est tout autre, la structure de l'Internet rend celle-ci plus proche, plus complète, plus maléable.

Il m'arrive quelques fois de retrouver chez des amis, la famille, un poste de télévision allumé. Très souvent sur une chaine d'information en continue comme BFMTV ou iTélé. Quelques fois sur des chaines musicales, d'autre fois en bruit de fond sur une chaine quelconque. La justification qu'ont les gens de laisser leurs postes allumés diffère mais je retrouve bien souvent les mêmes excuses : "Ça permet d'avoir un bruit de fond", "Une présence", "De ne pas me sentir seul".

Dans une société du divertissement, des médias, de l'information continuer à se cantonner à cette source audio-visuelle relève selon moi du tour de force. Au début je me suis demandé qu'est ce qui attirait tant les gens pour garder tout au long de leur journée le petit écran allumé si bien qu'ils arrivent à le regarder, sans le regarder. Puis je me suis rendu compte que ce n'était plus vraiment une volonté, mais un automatisme. Il faut machinalement zapper sur TF1 ou France2 à 13 heures ou 20 heures afin de suivre la grande messe de l'information, lacher un petit commentaire quand une actualité retient l'attention, un petit débat s'en suit qui sera oublié quand vient l'heure du fromage ou du dessert. Et le lendemain, ça recommence.

Je suis assez amusé de voir la réaction que j'ai lorsque je reste dans la même pièce qu'eux, ils arrivent parfaitement à ignorer le poste pendant de longues minutes, pour ma part je suis incapable de me détacher de ce qui en sort, même pendant les publicités qui me captivent, ils sont vacinnés.

Ai-je peut être tort de me priver de ça ? Pourtant, je remarque que j'arrive parfaitement à me tenir au courant des grandes actualités en lisant la presse numérique. LeMonde.fr, LeFigaro, Marianne, LePoint, peu importe, 90% des informations contenues dans leurs articles viennent du même organisme de presse : l'AFP. Le journaliste se contente souvent de structurer un peu différement la dépèche, de rajouter quelques commentaires et de publier ça à la va-vite.

Cette méthodologie journalistique se retrouve aussi parfaitement à la télévision. Je vous invite également à lire l'excellent sujet de discussion sur les journeaux télévisés (et plus spécialement la chaine BFMTV) du Forum Hardware : Télé - Les clichés de JT, marronniers et schémas de reportages. On y analyse entre autre les techniques de remplissage utilisés par les jounalistes pour leurs reportages et des nombreuses autres méthodes ridicules pour tenter de tenir l'attention du zombie téléspectateur.

Ce processus de remplissage par le vide semble de plus en plus prendre de l'ampleur. Le nombre de Fais Divers traités explose, si bien qu'on peut facilement passer une dizaine de minutes à "analyser" (les guillemets sont justifiés) l'histoire ridicule d'un lama promené dans le tramway bordelais par plusieurs personnes ivres et d'en parler pendant plusieurs jours. Quelle est la finalité de tout ça ? L'impact pour notre société ? Quelles conséquences ? Rien, rien et rien. Cette histoire qui ne faisait que quelques lignes dans des canards locaux il y a quelques années est maintenant propulsée pendant plusieurs jours au niveau national pour divertir l'audimat.

Les "journalistes" (et oui encore des guillemets, pour certain il ne reste vraiment plus que leurs carte de presse pour prouver leur appartenance à la profession) ne sont que des relais, ne prennent plus le temps d'analyser, de recouper, de réfléchir. Les problématiques sociétales ne sont plus creusées, tout juste effleurées. Le 4ième pouvoir est mort, ou presque. Il reste encore quelques indépendants qui résistent à l'envahisseur et qui fournissent des analyses complètes et détaillées (certains diront chiantes).

Les gens ne discutent plus que des évènements, pour la plupart d'entre-eux, ils tentent de prendre part dans des débats sans avoir les outils pour comprendre ou analyser clairement la situation. Avoir un regard extérieur sur les choses, c'est ce qui manque selon moi. Et cette vision extérieure devrait être poussée par la presse et les médias.

La société ne pourra pas évoluer si une grande partie de la population ne s'élève pas au-delà de ces non-évènements. Nous nous sommes battus pendant des décennies pour avoir les mêmes privilèges que les nobles (accès à l'éducation principalement) mais nous ne sommes pas capables de saisir ces nouveaux outils, de comprendre qu'Internet n'est pas une télévision ou une radio mais au contraire que ce réseau révolutionnaire offre à n'importe qui la possibilité de lire ET d'écrire dans un espace commun de façon plus ou moins anonyme.

Saisissez cette opportunité. Écrivez, analysez, diversifiez vos sources. Et éteignez ce fou** poste !

Commentaires

1. Le dimanche 3 novembre 2013, 15:55 par Julien B.

Oui, l’information télévisée n’est pas une référence. Mais cela ne l’a jamais été : lorsqu’Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information, présentait en 1963 la formule du journal télévisé, c’était un outil de propagande qui ne servait pas forcément à informer, mais plus à abrutir avec un semblant d’information. Ça n’a pas changé.
Cependant, on ne regarde pas la télévision uniquement pour s’informer, pour regarder des clips ou pour avoir un bruit de fond. J’en ai personnellement une utilisation tout autre. On trouve de très bons documentaires, et c’est l’occasion de découvrir des classiques du cinéma. Bien sûr, il faut savoir les trouver, et les chaînes les plus regardées ne proposent rien de culturel. Mais, par exemple, ma culture cinématographique s’est forgée en regardant Arte.
En somme, la télévision n’abrutit pas, pour peu que l’on sache s’en servir.

2. Le lundi 4 novembre 2013, 02:37 par Vincent

Même son de cloche pour moi. Je regarde en effet "beaucoup" la télé. Je ne fais pas parti de ses détracteurs pour trois principales raisons.

La première est l'accès à l'info. Mes proches consultent majoritairement le petit écran car ils n'ont pas idée de comment y accéder sur Internet. Google Actu n'est pas mieux, le traitement est à peine meilleur grâce au support écrit. Sorti de ça, avoir un traitement équilibré de l'info devient bien dur. Ce n'est pas leur sport favoris, c'est du temps passé à *chercher*. La télé peut se regarder aux heures de repas, et il se trouve qu'une majorité de gens mangent à 20h. Les gens ne se plient pas à l'horaire de la messe, elle correspond simplement à une réalité : on fini à 18h, on rentre pendant 1h, éventuellement on fait une course et on se pose chez soit. Il est 20h. On peut le prendre au vol ou en continu : le format "broadcast" tout comme la radio, est un modèle parmis d'autres. Ni bon ni mauvais, il faut faire son tri, comme sur Internet.

En parlant de tri, il y a l'info en fast food comme tu la décris. Celle qu'on écoute d'une oreille. Parce qu'on s'en fou. Celle qu'on écoute soudain parce qu'on est outré de voir que Monsieur X est encore mis en examen et que près de 50% de la population votera encore pour lui et ses amis prochaiment. Entre-coupée de pubs, bien qu'épaulée par la redevance TV. Mais il y a des émissions nettement plus creusées. Par exemple sur Internet, hors MediaPart qui est payant et donc que je ne suis pas, j'aimerai que tu me trouves des reportages plus affûtés que ceux de France2 nommés "Cash investigation" ? Ce ne sont pas les seuls, on compte "Mots Croisés" qui aborde des sujets de société, ainsi que des reportages comme "La contre histoire d'Internet" ou "L'affaire Elf" diffurés régulièrement sur France5. La télé créé du contenu, comme Internet.

Tu dis qu'on peut écrire sur Internet, mais je ne vois pas quelle différence cela fait. Avant d'écrire il faut avoir un avis éclairé, et pour cela il faut s'informer. Et la télé ne diffuse pas seulement de l'info mais aussi du divertissement (je m'y retrouve sur NoLife, étant abonné Free), des séries sympa (Canal+ en créé des pas mal, cf "Les revenants", "Tunnel" en ce moment), des émissions comme "On est pas couchés" qui me font beaucoup rire. Je suis abonné aussi à des podcast Youtube, broadcast pub tout ça, c'est pareil. On n'achète donc pas une télé que pour être tenu en haleine.

Ainsi j'en arrive au dernier point : je n'ai pas de source généraliste qui m'apporte une vue sur l'actualité. Là il s'agit d'un choix. Internet me fourni un flot ininterrompu d'actu sur l'info via mes RSS. Reste à débattre si l'actu en soit n'est pas un phénomène addictif. Je trouve important de connaître le débat actuel, la situation économique à l'instant T, et du varié que j'écoute ou pas. Je ne vois pas de remède magique. L'info est traitée, partout. L'info est polluée de non-évènements, partout. Je ne connais pas la solution entre tout et rien.

Là où je te rejoins concernant les infos fast-food, c'est uniquement sur la prise de recul du spectateur. Si LinuxFR avait une chaine qui présentait les dépèches du site, je serais ravis. Mes parents accordent une importance trop grande aux propos qui sont tenus car les journalistes ont un applomb pas possible. Ils déclament l'info très sûrs d'eux, utilisent les stratagèmes que tu pointes. Le lissage de l'importance des sujets est en effet dévastateur pour les gens qui ne varient pas leurs sources. C'est la même pour tous les supports dans le fond. Le problème ne vient pas du moyen d'acheminer l'info : il vient du sens critique du spectateur, et de la qualité de la chaine.

3. Le mardi 5 novembre 2013, 22:44 par Myrga

Je suis TELLEMENET d'accord avec toi !
Moi même depuis que je suis en appartement je n'ai plus de télévision (enfin je ne la regardais pas quand j'habitais chez mes parents mais elle était souvent regardé par mon frère et ma soeur), et franchement quel soulagement ! Tout ce qui passe à la télé est tellemenet abrutissant ! Si je veux voir quelque chose qui me plait vraiment, internet est tellement plus utile que la télévision ! Je choisis mes films, mes documentaires, mes infos.
Le pire c'est la réaction choquée des gens quand je leur dis que je n'ai pas la télévision ! C'est comme si je disais que je vis sans eau ou électricité ! "Oh mon dieu, mais comment fais-tu pour vivre sans télé ?"
Et quand tu écris que tu es comme "capté" par l'écran quand tu es chez quelqu'un, c'est pareil pour moi ! Ce bruit de fond moi me dérange et je ne peux pas m'empêcher de regarder un écran quand il est allumé mais les autres ont l'air de trouvé ça tout à fait naturel, comme un autre mur de la pièce, vraiment étrange...

4. Le lundi 18 novembre 2013, 19:55 par fabienwang

Salut,

juste pour dire rapidement que personnellement, je n'ai pas de télévision suite au départ de chez mes parents en 2002.... et ça ne me manque pas, l'écran d'ordinateur me servant de temps à autre à regarder des films et documentaires. Internet est pour moi plus «lisible» en terme d'informations, et on peut filtrer/choisir plus facilement.
A bon entendeur, salut :)

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